GUERRE ET PAIX un roman de Léon Tolstoï

Photo de Léon Tolstoï à l'âge de 20 ans
Photo de Léon Tolstoï à l’âge de 20 ans en 1848

J’ai lu Anna Karénine, quand j’étais au lycée et j’avais adoré ce roman qui reste l’un de mes préférés. Cet été, je me suis décidée à lire Guerre et Paix. Parler de ce chef d’oeuvre universel n’est pas facile, mais je vais essayer d’en partager ma lecture.

Guerre et Paix est un roman historique dont l’action se déroule en Russie, pendant les guerres napoléoniennes. La guerre et les événements historiques sont étroitement mêlés à l’action romanesque. Ainsi, des personnages historiques tels que Napoléon 1er, le Maréchal Koutouzov, le tsar Alexandre 1er sont des acteurs du roman aux côtés des personnages fictifs créés par Tolstoï.

Comme tous les grands écrivains, et il est l’un des plus grands, Tolstoï a cette capacité à comprendre l’âme humaine et les ressorts les plus intimes de nos comportements. Le lecteur partage la vie des principaux personnages du roman sur une période allant de 1805 à la fin des années 1810 : le comte Pierre Bézoukhov, le prince André Bolkonski et sa soeur, la princesse Marie,  la comtesse Natacha Rostov et son frère, le comte Nicolas… dont les vies seront bouleversées par la guerre. Nous découvrons la personnalité de chacun. L’ambition noble du prince André, la pureté de Marie, la confiance en la vie de Natacha, les questionnements existentiels de Pierre, l’honnêteté de Nicolas… L’extraordinaire sensibilité de Tolstoï et son don d’empathie lui permettent de dépeindre avec une infinité de nuances, leurs sentiments, leurs pensées, leurs aspirations, leurs bonheurs, leurs malheurs…

L’auteur donne chair et vie à chacun des personnages. Toute la complexité des facettes de l’âme humaine est dévoilée.

La préoccupation morale semble toujours au cœur de la pensée de Tolstoï. Un peu misanthrope, il peint avec sévérité, presque avec douleur, tant son exigence de droiture est grande, une société aristocrate uniquement préoccupée de son intérêt personnel, sous une apparence raffinée et éduquée. L’exeptionnelle clairvoyance de Tolstoï, sa capacité à démonter les ruses du jeu social et de l’hypocrisie donnent vie à des portraits d’une merveilleuse finesse et profondeur. Par exemple, voici le portrait du prince Basile:

Le prince Basile ne dressait point ses plans à l’avance. Il pensait encore moins à faire du mal aux gens pour en tirer quelque avantage. C’était tout simplement un homme du monde qui avait eu des succès et s’était fait une habitude de ses succès. Suivant les circonstances, suivant ses relations, les combinaisons les plus diverses s’échafaudaient dans sa tête sans qu’il s’en rendit compte lui-même encore qu’elles constituassent tout l’intérêt de son existence. […] Il ne se disait pas, par exemple : « Voici tel ou tel personnage au pouvoir; il me faut gagner sa confiance et me faire décerner une belle gratification. » Il ne se disait pas non plus: « Voilà que Pierre est devenu riche; il faut que je lui fasse épouser ma fille pour lui emprunter les quarante mille roubles dont j’ai besoin. » Mais que le personnage influent se présentât, son instinct lui disait aussitôt que cet homme pouvait lui être utile; il se liait avec lui et à la première occasion, sans préméditation aucune, il le flattait, prenait un ton familier, lui touchait un mot de ses petites affaires.

Tolstoï est passionné par l’histoire et singulièrement par les guerres napoléoniennes. Pour un lecteur français, il est intéressant d’avoir un point vue russe, sur ces guerres. On apprend notamment que l’arrivée de l’armée française sur le sol russe et son entrée dans Moscou, ont entraîné dans le pays un sentiment patriotique qui a renforcé l’identité nationale. La campagne de Russie est d’ailleurs appelée en Russie, la « guerre patriotique ». Les faits historiques racontés dans le roman sont très documentés. Tolstoï cite souvent le livre d’Adolphe Thiers « Histoire du consulat et de l’empire », au sujet duquel il est pourtant, assez critique. Il reproche en effet aux historiens de présenter l’action des gouvernants ou des « grands hommes », comme le moteur principal de l’histoire. Tolstoï, conteste avec véhémence cette analyse, et développe longuement, très longuement, une théorie déterministe de l’histoire, au détriment de la partie romanesque du roman! Et le lecteur doit patienter avant de savoir ce qui va arriver à ses chers héros, Marie, Nicolas, Natacha, Pierre, André..!

De nombreux dialogues du roman sont écrits en français. En effet, au 18 ème et 19 ème siècle, la langue française était la seconde langue des aristocrates russes lesquels s’exprimaient couramment dans notre langue, au quotidien. On a un peu oublié aujourd’hui la place qu’occupait la culture française en Russie, à cette époque. Cela n’empêche pas bien-sûr Tolstoï, dans ce contexte de « guerre patriotique », de décrire sévèrement Napoléon et les français. Pour illustrer cette francophonie et francophilie de l’aristocratie russe, je joins le fichier d’un enregistrement de la voix de Léon Tolstoï, réalisé en 1908. Tolstoï y parle un français parfait et émouvant.

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9on_Tolsto%C3%AF

Pour conclure, quand on parle de la Russie, je pense d’abord à Tolstoï, et à la littérature russe.

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