GUERRE ET PAIX un roman de Léon Tolstoï

Photo de Léon Tolstoï à l'âge de 20 ans
Photo de Léon Tolstoï à l’âge de 20 ans en 1848

J’ai lu Anna Karénine, quand j’étais au lycée et j’avais adoré ce roman qui reste l’un de mes préférés. Cet été, je me suis décidée à lire Guerre et Paix. Parler de ce chef d’oeuvre universel n’est pas facile, mais je vais essayer d’en partager ma lecture.

Guerre et Paix est un roman historique dont l’action se déroule en Russie, pendant les guerres napoléoniennes. La guerre et les événements historiques sont étroitement mêlés à l’action romanesque. Ainsi, des personnages historiques tels que Napoléon 1er, le Maréchal Koutouzov, le tsar Alexandre 1er sont des acteurs du roman aux côtés des personnages fictifs créés par Tolstoï.

Comme tous les grands écrivains, et il est l’un des plus grands, Tolstoï a cette capacité à comprendre l’âme humaine et les ressorts les plus intimes de nos comportements. Le lecteur partage la vie des principaux personnages du roman sur une période allant de 1805 à la fin des années 1810 : le comte Pierre Bézoukhov, le prince André Bolkonski et sa soeur, la princesse Marie,  la comtesse Natacha Rostov et son frère, le comte Nicolas… dont les vies seront bouleversées par la guerre. Nous découvrons la personnalité de chacun. L’ambition noble du prince André, la pureté de Marie, la confiance en la vie de Natacha, les questionnements existentiels de Pierre, l’honnêteté de Nicolas… L’extraordinaire sensibilité de Tolstoï et son don d’empathie lui permettent de dépeindre avec une infinité de nuances, leurs sentiments, leurs pensées, leurs aspirations, leurs bonheurs, leurs malheurs…

L’auteur donne chair et vie à chacun des personnages. Toute la complexité des facettes de l’âme humaine est dévoilée.

La préoccupation morale semble toujours au cœur de la pensée de Tolstoï. Un peu misanthrope, il peint avec sévérité, presque avec douleur, tant son exigence de droiture est grande, une société aristocrate uniquement préoccupée de son intérêt personnel, sous une apparence raffinée et éduquée. L’exeptionnelle clairvoyance de Tolstoï, sa capacité à démonter les ruses du jeu social et de l’hypocrisie donnent vie à des portraits d’une merveilleuse finesse et profondeur. Par exemple, voici le portrait du prince Basile:

Le prince Basile ne dressait point ses plans à l’avance. Il pensait encore moins à faire du mal aux gens pour en tirer quelque avantage. C’était tout simplement un homme du monde qui avait eu des succès et s’était fait une habitude de ses succès. Suivant les circonstances, suivant ses relations, les combinaisons les plus diverses s’échafaudaient dans sa tête sans qu’il s’en rendit compte lui-même encore qu’elles constituassent tout l’intérêt de son existence. […] Il ne se disait pas, par exemple : « Voici tel ou tel personnage au pouvoir; il me faut gagner sa confiance et me faire décerner une belle gratification. » Il ne se disait pas non plus: « Voilà que Pierre est devenu riche; il faut que je lui fasse épouser ma fille pour lui emprunter les quarante mille roubles dont j’ai besoin. » Mais que le personnage influent se présentât, son instinct lui disait aussitôt que cet homme pouvait lui être utile; il se liait avec lui et à la première occasion, sans préméditation aucune, il le flattait, prenait un ton familier, lui touchait un mot de ses petites affaires.

Tolstoï est passionné par l’histoire et singulièrement par les guerres napoléoniennes. Pour un lecteur français, il est intéressant d’avoir un point vue russe, sur ces guerres. On apprend notamment que l’arrivée de l’armée française sur le sol russe et son entrée dans Moscou, ont entraîné dans le pays un sentiment patriotique qui a renforcé l’identité nationale. La campagne de Russie est d’ailleurs appelée en Russie, la « guerre patriotique ». Les faits historiques racontés dans le roman sont très documentés. Tolstoï cite souvent le livre d’Adolphe Thiers « Histoire du consulat et de l’empire », au sujet duquel il est pourtant, assez critique. Il reproche en effet aux historiens de présenter l’action des gouvernants ou des « grands hommes », comme le moteur principal de l’histoire. Tolstoï, conteste avec véhémence cette analyse, et développe longuement, très longuement, une théorie déterministe de l’histoire, au détriment de la partie romanesque du roman! Et le lecteur doit patienter avant de savoir ce qui va arriver à ses chers héros, Marie, Nicolas, Natacha, Pierre, André..!

De nombreux dialogues du roman sont écrits en français. En effet, au 18 ème et 19 ème siècle, la langue française était la seconde langue des aristocrates russes lesquels s’exprimaient couramment dans notre langue, au quotidien. On a un peu oublié aujourd’hui la place qu’occupait la culture française en Russie, à cette époque. Cela n’empêche pas bien-sûr Tolstoï, dans ce contexte de « guerre patriotique », de décrire sévèrement Napoléon et les français. Pour illustrer cette francophonie et francophilie de l’aristocratie russe, je joins le fichier d’un enregistrement de la voix de Léon Tolstoï, réalisé en 1908. Tolstoï y parle un français parfait et émouvant.

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9on_Tolsto%C3%AF

Pour conclure, quand on parle de la Russie, je pense d’abord à Tolstoï, et à la littérature russe.

LE PREMIER HOMME un roman autobiographique d’Albert CAMUS

Collection Folio, Editions Gallimard Février 2018

« Le premier homme » est un roman inachevé d’Albert Camus, dont le manuscrit a été trouvé dans la voiture où il est décédé lors d’un accident de la route, en 1960. L’œuvre a été publiée trente-quatre ans après, en 1994, à l’initiative de sa fille, Catherine Camus. D’inspiration autobiographique, « Le premier homme » est le récit de l’enfance et de la jeunesse en Algérie, de Jacques, alter ego de Camus. Ce texte magnifiquement écrit nous touche profondément car Albert Camus y livre des choses très personnelles sur lui-même et sa famille.

Il est né dans une famille pauvre, sa mère et sa grand-mère maternelle étaient analphabètes. Sa mère était en partie sourde et son oncle maternel, à demi-muet. Son père, élevé en orphelinat, est mort dès le début de la guerre 1914-1918, un an après la naissance d’Albert (Jacques).  Au début du livre, Jacques, qui n’a pas connu son père, essaie de découvrir l’homme qu’il était. Ce père est mort si jeune que sa mère et ses proches en ont gardé peu de souvenirs et lui en ont peu parlé.  Son destin tragique, mort et enterré en France, loin des siens et de l’Algérie où il est né, fait prendre conscience à son fils de l’abîme qui les sépare. Lui, Jacques (Albert Camus), prix Nobel de littérature, auréolé de gloire, et son père, anonyme parmi les anonymes.  En même temps, il regrette de n’avoir pas eu de père pour le guider et l’aider à se faire une place dans un monde dont il ne connaissait pas les codes. Car, il lui aura fallu une formidable volonté et appétit de vivre, pour y réussir grâce, au commencement, à l’école et à l’appui de son instituteur.

L’auteur s’interroge aussi sur la sincérité de sa vie d’intellectuel, admiré et reconnu dans le monde entier, vie qu’il a pourtant voulue de toutes ses forces. Il paraît penser que sa mère, si humble, et sa famille, sans culture, ont eu une existence plus authentique et respectable que la sienne, malgré sa réussite éclatante et toute l’énergie qu’il a déployée pour défendre les valeurs qui lui semblaient justes.

Cependant, ce que je préfère dans « Le premier homme » est la partie consacrée aux souvenirs de l’enfance algéroise de l’auteur : sa famille, l’école, ses camarades de jeu, la beauté grandiose de l’Algérie… Car, au final, il garde le souvenir d’une enfance heureuse, au sein de cette famille modeste dont la principale tradition est le travail, pour survivre. Albert Camus parait toujours à la recherche des mots et de l’expression qui lui permettront de faire renaître ses sensations d’enfant, avec la même intensité qu’autrefois. Les pages consacrées aux dimanches où il accompagnait son oncle et les amis de celui-ci, à la chasse, sont d’une beauté inoubliable. Camus nous y raconte ce qu’est le bonheur total d’une vie simple, de la camaraderie, du partage entre amis, de l’envoûtement de la nature, du bien-être qui suit l’effort physique… En voici un extrait:

« Jacques apprit dans ces dimanches que la compagnie des hommes était bonne et pouvait nourrir le cœur. Le train s’ébranlait puis, prenait sa vitesse avec des halètements courts et de loin en loin, un bref coup de sifflet endormi. On traversait un bout du Sahel et, dès les premiers champs, curieusement, ces hommes solides et bruyants se taisaient et regardaient le jour se lever sur les terres soigneusement labourées où les brumes du matin trainaient en écharpe sur les haies de grands roseaux secs qui séparaient les champs.[…] L’horizon vert rosissait, puis virait d’un seul coup au rouge, le soleil apparaissait et s’élevait visiblement dans le ciel. Il pompait les brumes sur toute l’étendue des champs, s’élevait encore et soudain, il faisait chaud dans le compartiment, les hommes enlevaient un chandail, et puis l’autre, faisaient coucher les chiens qui s’agitaient eux aussi…[…] Alors, commençait pour Jacques une ivresse dont il gardait encore le regret émerveillé au cœur.[…]. On installait une vague table avec des torchons, et chacun sortait ses provisions. Mais Ernest, qui avait des talents de cuisinier […], préparait de fins bâtonnets qu’il taillait en pointe, les introduisait dans des morceaux de la soubressade qu’il avait apportée, et sur un petit feu de bois, les faisait griller jusqu’à ce qu’ils éclatent et qu’un jus rouge coule dans les braises, où il grésillait et prenait feu. Entre deux morceaux de pain, il offrait les soubressades brûlantes et parfumées, que tous accueillaient avec des exclamations et qu’ils dévoraient en les arrosant de vin rosé qu’ils avaient mis à rafraîchir dans la source. Ensuite, c’étaient les rires, les histoires de travail, les plaisanteries que Jacques, la bouche et les mains poisseuses, sale, épuisé, écoutait à peine car le sommeil le gagnait. Mais en vérité, le sommeil les gagnait tous [ …]. Pages 122, 123, 125, 127 Collection Folio Editions Gallimard Février 2018. »

Le sentiment de plénitude qui irradie ces pages fait penser à celui qu’on retrouve dans celles de « La Gloire de mon père » ou du « Château de ma mère » de Marcel Pagnol, quand Marcel raconte ses vacances à La Bastide Neuve, dans le village de la Treille.

Albert Camus évoque aussi dans le récit, le début de la colonisation de l’Algérie, avec l’arrivée des premiers colons français au milieu du 19 ème siècle, dont son père descend, l’hostilité des arabes dépossédés de leur pays, la brutalité de certains colons à leur égard…

J’ai lu ou entendu que John Ford aurait dit « Pour atteindre l’universel, il faut être personnel ». Et « Le premier homme » en est l’illustration. En révélant une part très intime de sa vie personnelle, Albert Camus s’adresse à chacun d’entre nous.

LE TESTAMENT FRANCAIS un roman d’Andreï Makine

Le testament français est un roman  d’Andreï Makine, paru en 1995. Il a été récompensé par trois prix littéraires: le prix Goncourt, le prix Goncourt  des lycéens et le prix Médicis. Andreï Makine a été admis à l’Académie française, en 2016. Russe, né en Sibérie, il est un écrivain de langue française. Dès l’âge de quatre ans, il devient bilingue grâce à une vieille dame française qui s’occupe de lui (Wikipédia). Il a été naturalisé français en 1996.

Le Testament français, roman d’inspiration autobiographique, raconte la puissance de l’imaginaire d’un jeune russe qui en écoutant les récits de sa grand-mère française, s’est inventé une nation d’adoption, la France. Chaque été, avec sa sœur, le jeune narrateur va passer ses vacances chez sa grand-mère, dans une ville à la bordure des steppes. Chaque été, le même cérémonial se répète, leur grand-mère, cette femme à la fois cultivée et très humaine, leur raconte des épisodes anciens de la vie en France, au début du siècle, quand elle était toute jeune.  Ses récits, la lecture de poèmes, d’articles de presse, la vue de photos font découvrir à l’enfant, grâce à l’intensité et à la vivacité de son imagination, un pays fabuleux, fantasmé, tellement différent de celui dans lequel il vit. Parler le français, cette langue, qui lui permet d’exprimer une sensibilité différente d’avec le russe, et qu’il ne partage qu’avec sa grand-mère et sa soeur, le remplit également de fierté. La conscience de son appartenance à une double culture russe et française donne au jeune homme, le sentiment aigu de sa différence d’avec ses camarades; c’est à la fois une richesse et un isolement. 

La force d’évocation du roman nait également de la présence obsédante de la steppe russe et de la peinture des sensations par l’auteur: le tremblement de la steppe, son souffle odorant, la pureté de l’air, le balcon suspendu au dessus de la steppe,… La langue d’Andreï Makine, cristalline, peut parfois rappeler celle de Marcel Proust par sa beauté, sa sensibilité, son élégance.

Andreï Makine évoque aussi la solitude de cette française cultivée et généreuse, veuve, perdue dans l’immensité russe, mais respectée de ses voisins et participant à la vie de sa ville. Mariée à un russe qu’elle aimait, elle a connu la seconde guerre mondiale, les horreurs et les déportations staliniennes.  Le jeune narrateur comprend ce que parler français avec ses petits-enfants, représente pour elle, car ils sont les seuls avec lesquels elle peut s’exprimer dans sa langue maternelle.

C’est émouvant pour un lecteur français de savoir que quelque part dans le monde,  un jeune russe rêvait passionnément de la France. Que la France lui apparaissait comme un pays merveilleusement civilisé, pays à la fois de rationalité et de sophistication.

 

L’ENFANT des LUMIERES un roman de Françoise Chandernagor

Roman publié en 1995

Cherchant un livre à lire, j’ai choisi de relire « L’Enfant des Lumières », un roman de Françoise Chandernagor que j’avais bien aimé, il y a longtemps… Françoise Chandernagor est l’inoubliable auteur de « L’Allée du Roi », sublimes mémoires imaginaires de la Marquise de Maintenon.

« L’Enfant des Lumières » est un roman historique qui se situe pendant la deuxième moitié du 18ème siècle.

Roman d’apprentissage, il raconte l’éducation du jeune Alexis, par sa mère, la comtesse de Breyves, repartie vivre sur ses terres dans la province de la Marche, actuel département de la Creuse, après le suicide de son mari, ruiné. Celui-ci s’est ruiné parce qu’il a fait confiance à des financiers qui l’ont abusé et est resté fidèle à une conception désuète de l’honneur.

La mère et le fils ont des personnalités aux antipodes l’une de l’autre. La Comtesse de Breyves, est une femme de conviction, très droite, entière, qui méprise l’argent et le paraître. Elle ne cherche pas à plaire ni à séduire. Son fils Alexis, au contraire, est parfaitement à l’aise avec la société de ses semblables quels qu’ils soient et sans distinction de classe. Il sait se faire aimer de chacun, s’accommode d’arrangements avec la vérité et comprend très jeune comment gagner de l’argent. La comtesse veut lui inculquer les principes d’intégrité morale et de rigueur qu’elle estime indispensables pour l’aider à diriger sa future vie d’adulte. En même temps, elle comprend qu’elle ne doit pas aller à l’encontre de la personnalité de son fils, qui si naturellement adapté à la société qui l’entoure, sera mieux armé que son père, pour affronter les mensonges des hommes.

L’action des personnages est solidement ancrée dans la société française des années précédant la révolution: son organisation sociale, son mode de vie, sa façon de penser, le bouillonnement des idées… Au travers du récit, nous découvrons la noblesse parisienne séduite par les idées des « Lumières » sans imaginer qu’elle sera un jour balayée par les événements que ces idées auront engendrés; la noblesse pauvre qui vit difficilement du revenu de ses terres et a perdu une grande partie de son influence auprès de la population locale; les paysans qui n’en peuvent plus de l’injustice de la société dans laquelle ils vivent mais dont certains réussissent à s’enrichir…

L’affairisme financier du siècle, le rôle du banquier Necker, l’endettement de l’Etat et les expédients utilisés par ce dernier pour se financer, servent de toile de fond au récit. L’auteur montre également la contrebande intense du sel qui a lieu entre la province de la Marche, non assujettie à la Gabelle, impôt sur le sel, et le Berry, province limitrophe, assujettie, elle, à la Gabelle. Le commerce des esclaves et les plantations de canne à sucre dans les Antilles font également partie de l’histoire des personnages du roman.

Vous aurez compris qu’il s’agit d’un roman très riche et plein d’érudition comme sait les écrire Françoise Chandernagor. Mais pas seulement. Françoise Chandernagor, sait également trouver les mots pour raconter l’amour entre une mère et son fils, singulièrement dans les dernières pages du roman qui sont bouleversantes.

La PROMESSE DE L’AUBE un roman autobiographique de Romain Gary

Folio Edition Gallimard 1980

La promesse de l’aube est un roman autobiographique de Romain Gary. C’est le récit de son enfance en Pologne, de sa jeunesse en France et enfin de son engagement dans les Forces Françaises Libres, pendant la seconde guerre mondiale. L’œuvre est d’abord un hommage et une déclaration d’amour de l’auteur à sa mère.

Sa mère l’a élevé seule, en travaillant, déployant une énergie, une combativité et une audace, hors du commun. D’un caractère entier et excessif, elle voue à son fils une véritable adoration et le met au-dessus de tout. Elle a pour lui des ambitions démesurées et est persuadée qu’il deviendra un jour un grand écrivain (Tolstoï ou Hugo) ou un ambassadeur de France! Afin que ces rêves extravagants puissent devenir réalité un jour, elle se bat pour lui donner la meilleure éducation (meilleurs établissements scolaires, cours particuliers,…). Elle transmet aussi à son fils, un amour inconditionnel de la France, pays qu’elle ne connait pourtant qu’au travers de récits ou de lectures! Dès son enfance, Romain Gary sait qu’il doit à sa mère de réaliser les rêves grandioses qu’elle a formés pour lui.

L’amour de la mère pour son fils est le fil conducteur de l’oeuvre. Au delà, un merveilleux souffle lyrique et romantique, parcourt le récit de bout en bout. Tout au long, l’auteur y exprime ses convictions, ses réflexions, ses idéaux – humanisme, pacifisme, fraternité,… Le récit alterne des moments d’optimisme et de confiance en la vie, avec des moments désabusés et désenchantés, mais l’humour et une drôlerie irrésistible sont toujours présents; comme un geste d’élégance de la part de l’auteur qui semble nous dire, je ne suis pas présomptueux, je ris de moi-même.

Voici quelques extraits du récit pour donner envie de le lire à ceux qui ne l’ont pas encore fait, car depuis sa publication en 1960, ce livre rencontre le succès auprès des lecteurs.

« Les hommes âgés, n’ont jamais eu d’ascendant sur moi, je les ai toujours considérés comme étant hors jeu et leurs conseils de sagesse, me semblent se détacher d’eux comme des feuilles mortes d’une cime sans doute majestueuse, mais que la sève n’abreuve plus. La vérité meurt jeune. » Page 116 Folio Editions Gallimard 1980

« Mais je venais d’avoir dix-sept ans et je ne savais encore rien de moi-même; j’étais donc loin de soupçonner qu’il arrive aux hommes de traverser la vie, d’occuper des postes importants et de mourir sans jamais parvenir à se débarrasser de l’enfant tapi dans l’ombre, assoiffé d’attention, attendant jusqu’à la dernière ride une main douce qui caresserait sa tête […]. » Page 180

« Les hommes, les peuples, toutes nos légions me sont devenus alliés, je ne parviens pas à épouser leurs querelles intestines et demeure tourné vers l’extérieur, au pied du ciel, comme une sentinelle oubliée. Je continue à me voir dans toutes les créatures vivantes et maltraitées et je suis devenu entièrement inapte au combats fratricides. » Page 388

Pour conclure, ce livre porte une vision très romantique et déraisonnable du monde. L’amour pour la France, de Romain Gary, russe naturalisé français en 1935, ne peut seul expliquer son engagement dans la France Libre en 1940 et son audace pour rejoindre l’Angleterre. Il lui aura fallu aussi une bonne dose de romantisme et d’exaltation pour se jeter à corps perdu dans une telle aventure. Mais, comment pouvait-il en aller autrement, puisque sa mère l’avait élevé avec la certitude qu’il connaitrait un destin exceptionnel parce qu’il était exceptionnel!

Enfin, je mets un lien vers l’article du blog Bibliofeel sur La Promesse de l’Aube qui m’a donné envie de le lire https://wordpress.com/read/blogs/158605931/posts/1109

LA CHUTE un récit d’Albert Camus

J’ai regardé dernièrement à la télévision, un documentaire sur Albert Camus, puisque c’est le cinquantième anniversaire de son décès. Lycéenne, j’avais lu L’Etranger et La Peste et j’avoue que ces romans ne m’avaient pas vraiment touchée.

Je les avais trouvés abstraits et conceptuels avec des personnages désincarnés. Enfin, c’est le souvenir lointain que j’en garde car je ne les ai pas relus, depuis. Après avoir vu ce documentaire, Albert Camus m’est apparu comme un intellectuel sincère, acteur du débat des idées pour changer le monde, ne craignant pas de défendre des positions à contre-courant des idées dominantes de son époque. Cela m’a donné envie de le lire, me disant que j’avais peut-être été trop jeune pour apprécier ses romans, au lycée.

J’ai choisi de lire La Chute, un de ses livres les plus personnels, selon le reportage. Tout d’abord, je dois dire que la forme du livre, qualifié par Camus de « récit » est surprenante, voire dérangeante. Il met en scène deux personnages mais un seul s’exprime. C’est un soliloque. Jean-Baptiste Clamence, un ancien avocat parisien, vivant désormais à Amsterdam, se raconte à un français de passage, rencontré dans un bar de la ville. Il lui confie pourquoi il a abandonné sa vie d’avocat réputé, défenseur d’idéaux généreux, quand il a réalisé que celle-ci n’était qu’une imposture, pleine d’hypocrisie et de vanité.

Le livre est un réquisitoire contre la bonne conscience des intellectuels engagés, se servant de l’aura dont ils bénéficient grâce à des prises de positions généreuses, pour défendre leurs propres intérêts. Je ne sais pas si Camus pensait aussi à lui-même quand il a écrit ce livre, mais honnête comme je l’imagine, il a dû s’interroger sur le désintéressement de son engagement et de son action. Néanmoins, il a déclaré qu’il n’était pas Jean-Baptiste Clamence, même s’il a reconnu lui avoir prêté certains de ses traits de caractère, pour lui apporter de la « chair »: donjuanisme, amour du sport…Cf La Chute Collection Folioplus classiques – Dossier page 151.

Voici, deux extraits qui illustrent bien la pensée de Camus dans le livre, me semble-t-il:

« J’ai compris alors à force de fouiller dans ma mémoire que la modestie m’aidait à briller, l’humilité à vaincre et la vertu à opprimer ». Collection Folioplusclassiques, page 70.

« Autrefois, je n’avais que la liberté à la bouche, je l’étendais au petit déjeuner sur mes tartines, je la mastiquais toute la journée. Je portais dans le monde une haleine délicieusement rafraîchie à la liberté. J’assénai ce maître mot à quiconque me contredisait, je l’avais mis au service de mes désirs et de ma puissance. » Collection Folioplusclassiques, page 10.

En résumé, c’est un livre désenchanté et très pessimiste, sur l’instrumentalisation des grands idéaux et bons sentiments. J’ai été séduite par ce thème et son traitement par Camus. Pour écrire un tel livre, il devait être profondément déçu par certains de ses congénères et une partie du milieu intellectuel dans lequel il vivait.

Mais une fois encore, je ne peux pas dire que j’ai vraiment aimé ce livre, malgré son acuité et la richesse de son expression. Peut-être, est-ce à cause de sa forme. Le soliloque a quelque chose de trop littéraire et d’artificiel, voire de lassant. Pourquoi ne pas laisser la parole au second personnage, entendre son point de vue, en faire un vrai contradicteur?

Bien-sûr, m’exprimer sur un auteur tel que Camus, ayant eu une œuvre et une vie aussi riches et denses (écrivain, philosophe, journaliste, homme de théâtre, résistant,…) alors que je le découvre, a ses limites. Mais chacun peut apporter son point de vue même si celui-ci pâtit de n’être pas soutenu et enrichi par la connaissance préalable de la lecture de l’œuvre et de toutes les analyses et commentaires qui ont pu en être faits.

Pour finir, une amie m’a dit qu’il fallait que je lise « Le premier homme », roman autobiographique inachevé de Camus, qui me plairait. Je vais essayer!

LE COEUR DE L’ANGLETERRE un roman de Jonathan COE

Editions Gallimard Traduction française Josée Kamoun en 2019

Avec ce roman qui met en scène un groupe d’amis depuis l’école et leurs familles, Jonathan Coe, nous parle de l’Angleterre et de l’attachement des anglais à leur pays. Il montre également comment ce sentiment national s’exprime d’une manière exacerbée, au sein de la société anglaise, avec le vote pour le Brexit. Si une partie des anglais est fière d’appartenir à une grande nation ouverte à l’Europe et sur le monde, une autre partie, revendique son identité insulaire et sa souveraineté nationale, pour rompre avec l’Union Européenne.

Le personnage principal du roman, Benjamin Trotter est un semi-retraité, amoureux de littérature et de musique. Il vit seul près de Birmingham, dans une belle maison, un ancien moulin, au bord d’une rivière. Il a entamé une vaste œuvre inclassable, à savoir la rédaction d’un roman illustré par des œuvres musicales. Ayant fréquenté une école privée réputée, il appartient à la classe sociale privilégiée de l’Angleterre, même s’il est un homme de gauche. Doug, son ami très proche depuis le collège, est un journaliste politique réputé, marié à une riche londonienne. Il a également une sensibilité de gauche et est farouchement opposé au Brexit.

Jonathan Coe connaît très bien la vie politique de son pays et nous la fait découvrir au travers de ce roman aussi pertinent qu’un essai politique. On comprend que le choix du Brexit trouve aussi sa source, chez les anglais qui éprouvent difficultés économiques, dans le rejet des immigrés et qu’il est attisé et entretenu par la démagogie de certains politiques. Mais il est également nourri d’une fierté nationale insulaire où le souvenir de l’empire colonial et de la résistance britannique au nazisme reste vivace.

Un passage du roman illustre très bien cette fierté nationale. En voici, un extrait (page 177):  » Comme Sophie, Doug avait abordé la cérémonie d’ouverture [des jeux Olympiques de Londres en 2012] avec le plus grand scepticisme. Comme elle, il la regarda avec une admiration croissante qui frôla bientôt la révérence… […]. Cet hymne extravagant à l’héritage industriel de la Grande-Bretagne, c’était bien la dernière chose à laquelle il se serait attendu, mais il y trouvait un considérable pouvoir d’émotion et de persuasion. […] Oui, pourquoi ne pas l’avouer tout bonnement, en cet instant, il était fier, fier d’être britannique, fier de faire partie d’une nation qui, non contente d’avoir réalisé de grandes choses, pouvait aujourd’hui les célébrer avec une telle assurance, une telle ironie, une telle simplicité. »

Mais la France, vous le verrez, est également présente dans le roman, au travers notamment de la ville de Marseille, dépeinte avec enthousiasme. Voici un extrait, page 159 : « …elle prit un bus pour retourner au centre-ville par la Canebière, descendit à l’arrêt Noailles et grimpa par le marché des Capucins en déambulant au hasard du maquis des ruelles, chacune regorgeant de toutes sortes de denrées françaises et africaines, l’air rempli d’arômes appétissants tant familiers qu’exotiques. Les acheteurs se bousculaient dans les rues et Sophie vit que le bouillon de cultures entêtant qui caractérisait le Londres moderne se retrouvait ici sous une forme plus dense, plus concentrée encore. Elle adorait cette impression. Elle sentait qu’elle pouvait se perdre dans cette ville. »

Ah, cette présentation enthousiaste de Marseille fait du bien! Je suis toujours surprise de constater que les médias français vantent le caractère multiculturel de Londres alors que curieusement ce même caractère n’est plus un atout lorsqu’il s’agit des villes françaises et quand je dis cela, c’est un euphémisme.

Pour conclure, en racontant la vie de ses personnages et ses rebondissements, Jonathan Coe mène une réflexion sur le sentiment national anglais. Et nous apprend à mieux connaître nos voisins, les anglais!

« ON A RETROUVÉ L’HISTOIRE DE FRANCE » un essai de Jean-Paul Demoule

Jean-Paul Demoule est archéologue, préhistorien et professeur émérite à l’université de Paris I. Il a été président de l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) de 2002 à 2008. Le titre complet du livre « On a retrouvé l’histoire de France – Comment l’archéologie raconte notre passé » en éclaire le sujet.

Jean-Paul Demoule livre dans cet essai, une vision passionnée et personnelle de l’histoire de France, vision construite à partir des découvertes récentes de l’archéologie. Le point de départ de sa réflexion est que les français méconnaitraient l’histoire de leur pays, pour la période allant du néolithique au début du moyen-âge.

Pour illustrer son propos, il observe que Le Louvre, notre grand musée national, est consacré aux grandes civilisations de l’antiquité (Egypte, Mésopotamie, Perse, Grèce, Empire romain,…) alors que les antiquités nationales sont « reléguées » au musée de Saint-Germain-en-Laye, bien moins prestigieux et connu.

Jean-Paul Demoule explique notamment ce manque d’intérêt, par le fait que les français connaissent surtout leurs ancêtres les gaulois, au travers du récit qu’en a fait César, dans la Guerre des Gaules. Ce livre de propagande politique les présente comme des barbares et des vaincus. Il n’est pas facile pour les français que nous sommes de nous identifier à des « barbares » qui plus est des vaincus. Par ailleurs, jusqu’à récemment, cette méconnaissance était confortée par le fait que les techniques archéologiques connues, ne permettaient pas d’identifier les vestiges des habitations et des bâtiments gaulois, construits en bois et en terre. A partir des années 1980, l’utilisation de nouvelles techniques archéologiques et la mise en place de « l’archéologie préventive ou de sauvetage », lorsque des travaux d’aménagement menacent de détruire des vestiges, ont permis de découvrir de nombreux vestiges d’habitations gauloises et de réviser profondément, la perception qui prévalait auparavant sur cette civilisation.

Ces nouvelles pratiques ont montré qu’avant la conquête de la Gaule par César, ses habitants, vivaient dans de vastes exploitations, avaient déjà des échanges nombreux avec les romains et étaient réputés pour certains savoir-faire (le travail des métaux notamment). Ils étaient déjà largement romanisés, donc très éloignés de leur image de « barbare ».

Par ailleurs, ce livre va bien au-delà de sa thématique principale sur l’histoire de France, redécouverte grâce à l’archéologie, en retraçant de manière très vivante et abordable, les principales découvertes archéologiques dans le monde au travers des millénaires (néolithique, âge du bronze, du fer,…). Enfin, Jean-Paul Demoule est un promoteur et défenseur farouche de l’archéologie de sauvetage. Plus généralement, il n’hésite pas à exprimer, dans cet essai, ses opinions personnelles sur les sujets de société actuels, souvent avec humour.

DANS L’OMBRE un roman d’Edouard PHILIPPE et Gilles BOYER

« Dans l’ombre » est un roman policier d’Edouard Philippe et de Gilles Boyer. Edouard Philippe, actuel premier ministre d’Emmanuel Macron, a été le porte-parole d’Alain Juppé à la primaire Présidentielle de la droite en 2016. Gilles Boyer a été le directeur de la campagne électorale d’Alain Juppé, de la même primaire. Le roman est paru en 2011.

Le livre est le récit des trois derniers mois de la campagne électorale d’un candidat à la présidence de la République dit « le Patron ». Le narrateur est le directeur de campagne du candidat, un « apparatchik » qui n’a jamais été élu. La campagne est perturbée par une information anonyme selon laquelle il y aurait eu une fraude électorale à la primaire ayant désigné le candidat. Ce dernier confie à son directeur de campagne la tâche de découvrir si cette information qui peut gravement lui nuire, est exacte.

Le roman est publié dans une collection de roman policier mais le qualifier de policier est un peu abusif. En effet, si l’intrigue autour de l’élucidation de la fraude électorale lui sert de fil rouge et apporte du suspense jusqu’au bout, son vrai sujet est la peinture des rouages et péripéties d’une campagne électorale à la présidence de la république : l’attachement du directeur de campagne à son « Patron » (le candidat), les tensions au sein de l’équipe de campagne, les chausse-trappes des candidats concurrents, les meetings, les déplacements, les débats télévisés, les relations avec la presse, la pression extrême qui pèse sur les épaules du candidat,…

Et puis, ce roman est écrit avec une drôlerie absolument irrésistible. Et bien sûr, il est riche de l’expérience de ses auteurs et de leur connaissance intime du monde politique. D’ailleurs, quelques années après avoir écrit ce livre, ils joueront un rôle de premier plan dans la campagne de la primaire présidentielle de droite du candidat Juppé (voir le premier paragraphe), mais sans réussite…vu l’échec de ce dernier à cette élection…

Il est vrai que la très grande causticité dont font preuve les deux auteurs, dans la peinture du milieu politique, laisse penser qu’ils ne sont pas des adeptes de la langue de bois et des discours convenus pour plaire au plus grand nombre…

Pour conclure, j’ai bien aimé ce roman très drôle et réussi, et je suis surprise que les médias ne le mentionnent pas plus souvent et n’y cherchent par des clés ou des indices sur la personnalité d’Edouard Philippe (même s’il n’en est pas le seul auteur).

JUSTE LA FIN DU MONDE une pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce

Juste la fin du monde est une pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce, né en 1957, et auteur contemporain le plus joué en France. Il est décédé en 1995 des suites du sida. J’ai découvert cet auteur grâce au formidable film de Xavier Dolan « Juste la fin du monde », adapté de la pièce.

Il semble que le thème de la pièce soit en partie autobiographique. Louis, un jeune auteur, malade du sida, retourne dans sa famille qu’il n’a pas revue depuis longtemps, pour lui annoncer qu’il va mourir. Il retrouve sa mère, son frère cadet Antoine, Catherine, la femme de ce dernier qu’il n’a jamais rencontrée et sa jeune sœur, Suzanne.

Finalement, il repartira sans avoir pu le leur dire tant son retour suscite l’incompréhension de leur part et réveille des blessures. Chacun à sa manière (sa mère, Antoine, Suzanne) lui reproche de les avoir abandonnés, depuis si longtemps, et de ne pas avoir voulu partager avec eux sa nouvelle vie, lui qui a réussi dans un milieu qui leur est étranger. La tension est particulièrement forte avec Antoine, ouvrier dans une usine, toujours dans une relation de rivalité avec Louis. Mais l’expression des reproches et de la colère n’empêche pas la persistance des liens et de l’affection. Chaque personnage s’exprime avec tant de sincérité et d’intensité qu’on est ému jusqu’au fond de soi-même. La pièce met également en scène leur difficulté à communiquer, chacun étant enfermé dans son propre vécu.

Voici un extrait de la pièce. Extrait – Scène 3

« Suzanne [à Louis]: […] Ce n’est pas bien que tu sois parti, parti si longtemps, ce n’est pas bien et ce n’est pas bien pour moi et ce n’est pas bien pour elle [la mère] (elle ne te le dira pas) et ce n’est pas bien encore, d’une certaine manière, pour eux, Antoine et Catherine. Mais aussi – je ne crois pas que je me trompe -, mais aussi ce ne doit pas, ça n’a pas dû, ce ne dois pas être bien pour toi non plus, pour toi aussi. Tu as dû parfois, même si tu ne l’ avoues pas, jamais, même si tu ne devais jamais l’avouer – et il s’agit bien d’aveu – tu as dû parfois, toi aussi (ce que je dis) toi aussi, tu as dû parfois avoir besoin de nous et regretter de ne pouvoir nous le dire. Ou plus habilement – je pense que tu es un homme habile, un homme qu’on pourrait qualifier d’ habile, « un homme plein d’une certaine habileté »- ou plus habilement encore, tu as dû parfois regretter de ne pouvoir nous faire sentir ce besoin de nous et nous obliger, de nous-mêmes, à nous inquiéter de toi. »

Bien-sûr, pour apprécier ce texte, mieux vaut l’entendre que le lire, car il a été écrit pour le théâtre. Aussi, si vous apprenez qu’un théâtre près de chez vous, joue une pièce de Jean-Luc Lagarce, allez-y, vous découvrirez un auteur, si vous ne le connaissiez pas déjà. Pour ma part, je n’ai pas vu de représentation de « Juste la fin du monde », mais j’ai vu « J’étais dans ma maison et j’attendais la fin de la pluie » l’année dernière à la Comédie Française, qui est également une pièce très intense et émouvante où l’on retrouve une variation du thème du fils/frère qui revient pour mourir à la maison.

Les articles Wikipedia sur Jean-Luc Lagarce (et sur « Juste la fin du monde ») expliquent très bien les caractéristiques de son théâtre.