LE COEUR DE L’ANGLETERRE un roman de Jonathan COE

Editions Gallimard Traduction française Josée Kamoun en 2019

Avec ce roman qui met en scène un groupe d’amis depuis l’école et leurs familles, Jonathan Coe, nous parle de l’Angleterre et de l’attachement des anglais à leur pays. Il montre également comment ce sentiment national s’exprime d’une manière exacerbée, au sein de la société anglaise, avec le vote pour le Brexit. Si une partie des anglais sont fiers d’appartenir à une grande nation ouverte à l’Europe, une autre partie, celle qui a voté pour le Brexit, revendique son identité insulaire et sa souveraineté nationale, pour rompre avec l’Union Européenne.

Le personnage principal du roman, Benjamin Trotter est un semi-retraité, amoureux de littérature et de musique. Il vit seul près de Birmingham, dans une belle maison, un ancien moulin, au bord d’une rivière. Il a entamé une vaste œuvre inclassable, à savoir la rédaction d’un roman illustré par des œuvres musicales. Ayant fréquenté une école privée réputée, il appartient à la classe sociale privilégiée de l’Angleterre, même s’il est un homme de gauche. Doug, son ami très proche depuis le collège, est un journaliste politique réputé, marié à une riche londonienne. Il a également une sensibilité de gauche et est farouchement opposé au Brexit.

Jonathan Coe connaît très bien la vie politique de son pays et nous la fait découvrir au travers de ce roman aussi pertinent qu’un essai politique. On comprend que le choix du Brexit trouve aussi sa source, chez les anglais qui éprouvent difficultés économiques, dans le rejet des immigrés et qu’il est attisé et entretenu par la démagogie de certains politiques. Mais il est également nourri d’une fierté nationale insulaire où le souvenir de l’empire colonial et de la résistance britannique au nazisme reste vivace.

Un passage du roman illustre très bien cette fierté nationale. En voici, un extrait (page 177):  » Comme Sophie, Doug avait abordé la cérémonie d’ouverture [des jeux Olympiques de Londres en 2012] avec le plus grand scepticisme. Comme elle, il la regarda avec une admiration croissante qui frôla bientôt la révérence… […]. Cet hymne extravagant à l’héritage industriel de la Grande-Bretagne, c’était bien la dernière chose à laquelle il se serait attendu, mais il y trouvait un considérable pouvoir d’émotion et de persuasion. […] Oui, pourquoi ne pas l’avouer tout bonnement, en cet instant, il était fier, fier d’être britannique, fier de faire partie d’une nation qui, non contente d’avoir réalisé de grandes choses, pouvait aujourd’hui les célébrer avec une telle assurance, une telle ironie, une telle simplicité. »

Mais la France, vous le verrez, est également présente dans le roman, au travers notamment de la ville de Marseille, dépeinte avec enthousiasme. Voici un extrait, page 159 : « …elle prit un bus pour retourner au centre-ville par la Canebière, descendit à l’arrêt Noailles et grimpa par le marché des Capucins en déambulant au hasard du maquis des ruelles, chacune regorgeant de toutes sortes de denrées françaises et africaines, l’air rempli d’arômes appétissants, tant familiers qu’exotiques. Les acheteurs se bousculaient dans les rues et Sophie vit que le bouillon de cultures entêtant qui caractérisait le Londres moderne se retrouvait ici sous une forme plus dense, plus concentrée encore. Elle adorait cette impression. Elle sentait qu’elle pouvait se perdre dans cette ville. »

Ah, cette présentation enthousiaste de Marseille fait du bien! Je suis toujours surprise de constater que les médias français vantent le caractère multiculturel de Londres alors que curieusement ce même caractère n’est plus un atout lorsqu’il s’agit des villes françaises et quand je dis cela, c’est un euphémisme.

Pour conclure, en racontant la vie de ses personnages et ses rebondissements, Jonathan Coe mène une réflexion sur le sentiment national anglais. Et nous apprend à mieux connaître nos voisins, les anglais!

« On a retrouvé l’histoire de France » un essai de Jean-Paul DEMOULE

Jean-Paul Demoule est archéologue, préhistorien et professeur émérite à l’université de Paris I. Il a été président de l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) de 2002 à 2008. Le titre complet du livre est « On a retrouvé l’histoire de France – Comment l’archéologie raconte notre passé » et en éclaire le sujet.

Jean-Paul Demoule livre dans cet essai, une vision passionnée et personnelle de l’histoire de France, vision construite à partir des découvertes récentes de l’archéologie. Le point de départ de sa réflexion est que les français méconnaitraient l’histoire de leur pays, pour la période allant du néolithique au début du moyen-âge.

Pour illustrer son propos, il observe que Le Louvre, notre grand musée national, est consacré aux grandes civilisations de l’antiquité (Egypte, Mésopotamie, Perse, Grèce, Empire romain,…) alors que les antiquités nationales sont « reléguées » au musée de Saint-Germain-en-Laye, bien moins prestigieux et connu.

Jean-Paul Demoule explique notamment ce manque d’intérêt, par le fait que les français connaissent leurs ancêtres les gaulois, essentiellement, au travers du récit qu’en a fait César, dans la Guerre des Gaules. Ce livre de propagande politique les présente comme des barbares et des vaincus. Il n’est pas facile pour les français que nous sommes de s’identifier à des « barbares » qui plus est des vaincus. Par ailleurs, jusqu’à récemment cette méconnaissance était confortée par le fait que les techniques archéologiques connues ne permettaient pas d’identifier les vestiges des habitations et des bâtiments gaulois, construits en bois et en terre. A partir des années 1980, l’utilisation de nouvelles techniques archéologiques et la mise en place de « l’archéologie préventive ou de sauvetage », lorsque des travaux d’aménagement menacent de détruire des vestiges, ont permis de découvrir de nombreux vestiges d’habitations gauloises et de réviser profondément, la perception qui prévalait auparavant sur cette civilisation.

Ces nouvelles pratiques ont montré qu’avant la conquête de la Gaule par César, ses habitants, vivaient dans de vastes exploitations, avaient des échanges nombreux avec les romains et étaient réputés pour leurs savoir-faire (le travail des métaux notamment). Ils étaient déjà largement romanisés, donc très éloignés de leur image de « barbare ».

Par ailleurs, ce livre va bien au-delà de sa thématique principale sur l’histoire de France, redécouverte grâce à l’archéologie, en retraçant de manière très vivante et abordable, les principales découvertes archéologiques dans le monde au travers des millénaires (néolithique, âge du bronze, du fer,…). Enfin, Jean-Paul Demoule est un promoteur et défenseur farouche de l’archéologie de sauvetage. Plus généralement, il n’hésite pas à exprimer, dans cet essai, ses opinions personnelles sur les sujets de société actuels, souvent avec humour.

DANS L’OMBRE un roman d’Edouard PHILIPPE et Gilles BOYER

« Dans l’ombre » est un roman policier d’Edouard Philippe, actuel premier ministre d’Emmanuel Macron et porte-parole d’Alain Juppé à la primaire Présidentielle de la droite et du centre en 2016, et de Gilles Boyer, directeur de la campagne électorale d’Alain Juppé, à la même primaire. Le roman est paru en 2011.

Le livre est le récit des trois derniers mois de la campagne électorale d’un candidat à la présidence de la République dit « le Patron ». Le narrateur est le directeur de campagne du candidat, un « apparatchik » qui n’a jamais été élu. La campagne est perturbée par une information anonyme affirmant qu’il y aurait eu une fraude électorale aux primaires ayant désigné le candidat. Ce dernier confie à son directeur de campagne la tâche de découvrir si cette information qui peut gravement lui nuire, est exacte.

Le roman est publié dans une collection de roman policier mais le qualifier de policier est un peu abusif. En effet, si l’intrigue autour de l’élucidation de la fraude électorale lui sert de fil rouge et apporte du suspense jusqu’au bout, son vrai sujet est la peinture des rouages et péripéties d’une campagne électorale à la présidence de la république : l’attachement du directeur de campagne à son « Patron » (le candidat), les tensions au sein de l’équipe de campagne, les chausse-trappes des candidats concurrents, les meetings, les déplacements, les débats télévisés, les relations avec la presse, la pression extrême qui pèse sur les épaules du candidat,…

Et puis, ce roman est écrit avec une drôlerie absolument irrésistible. Et bien sûr, il est riche de l’expérience de ses auteurs et de leur connaissance intime du monde politique. D’ailleurs, quelques années après avoir écrit ce livre, ils joueront un rôle de premier plan dans la campagne de la primaire présidentielle de droite du candidat Juppé (voir le premier paragraphe), mais sans réussite…vu l’échec de ce dernier à cette élection…

Il est vrai que la très grande causticité dont font preuve les deux auteurs, dans la peinture du milieu politique, laisse penser qu’ils ne sont pas des adeptes de la langue de bois et des discours convenus pour plaire au plus grand nombre…

Pour conclure, j’ai bien aimé ce roman très drôle et réussi, et je suis surprise que les médias ne le mentionnent pas plus souvent et n’y cherchent par des clés ou des indices sur la personnalité d’Edouard Philippe (même s’il n’en est pas le seul auteur).

JUSTE LA FIN DU MONDE une pièce de théâtre de Jean-Luc LAGARCE

Juste la fin du monde est une pièce de théâtre de Jean-Luc LAGARCE, né en 1957, et auteur contemporain le plus joué en France. Il est décédé en 1995 des suites du sida. J’ai découvert cet auteur grâce au formidable film de Xavier DOLAN « Juste la fin du monde », adapté de la pièce.

Il semble que le thème de la pièce soit en partie autobiographique. Louis, un jeune auteur, malade du sida, retourne dans sa famille qu’il n’a pas revue depuis longtemps, pour lui annoncer qu’il va mourir. Il retrouve sa mère, son frère cadet Antoine, Catherine, la femme de ce dernier qu’il n’a jamais rencontrée et sa jeune sœur, Suzanne.

Finalement, il repartira sans avoir pu le leur dire tant son retour suscite l’incompréhension de leur part et réveille des blessures. Chacun à sa manière (sa mère, Antoine, Suzanne) lui reproche de les avoir abandonnés, depuis si longtemps, et de ne pas avoir voulu partager avec eux sa nouvelle vie, lui qui a réussi dans un milieu qui leur est étranger. La tension est particulièrement forte avec Antoine, ouvrier dans une usine, toujours dans une relation de rivalité avec Louis. Mais l’expression des reproches et de la colère n’empêche pas la persistance des liens et de l’affection. Chaque personnage s’exprime avec tant de sincérité et d’intensité qu’on est ému jusqu’au fond de soi-même. La pièce met également en scène leur difficulté à communiquer, chacun étant enfermé dans son propre vécu.

Voici un extrait de la pièce. Extrait – Scène 3

« Suzanne [à Louis]: […] Ce n’est pas bien que tu sois parti, parti si longtemps, ce n’est pas bien et ce n’est pas bien pour moi et ce n’est pas bien pour elle [la mère] (elle ne te le dira pas) et ce n’est pas bien encore, d’une certaine manière, pour eux, Antoine et Catherine. Mais aussi – je ne crois pas que je me trompe -, mais aussi ce ne doit pas, ça n’a pas dû, ce ne dois pas être bien pour toi non plus, pour toi aussi. Tu as dû parfois, même si tu ne l’ avoues pas, jamais, même si tu ne devais jamais l’avouer – et il s’agit bien d’aveu – tu as dû parfois, toi aussi (ce que je dis) toi aussi, tu as dû parfois avoir besoin de nous et regretter de ne pouvoir nous le dire. Ou plus habilement – je pense que tu es un homme habile, un homme qu’on pourrait qualifier d’ habile, « un homme plein d’une certaine habileté »- ou plus habilement encore, tu as dû parfois regretter de ne pouvoir nous faire sentir ce besoin de nous et nous obliger, de nous-mêmes, à nous inquiéter de toi. »

Bien-sûr, pour apprécier ce texte, mieux vaut l’entendre que le lire, car il a été écrit pour le théâtre. Aussi, si vous apprenez qu’un théâtre près de chez vous, joue une pièce de Jean-Luc LAGARCE, allez-y, vous découvrirez un auteur, si vous ne le connaissiez pas déjà. Pour ma part, je n’ai pas vu de représentation de « Juste la fin du monde », mais j’ai vu « J’étais dans ma maison et j’attendais la fin de la pluie » l’année dernière à la Comédie Française, qui est également une pièce très intense et émouvante où l’on retrouve une variation du thème du fils/frère qui revient pour mourir à la maison.

Les articles Wikipedia sur Jean-Luc LAGARCE (et sur « Juste la fin du monde ») expliquent très bien les caractéristiques de son théâtre.

« Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » Un livre de Mary Ann SHAFFER et Annie BARROWS

Je viens de terminer de lire ce roman épistolaire. Il faisait partie des livres proposés aux lecteurs pour les vacances d’été, par une grande chaine de librairie. Mary Ann SHAFFER et Annie BARROWS sont américaines (toutes les deux ont un article wikipedia).

Je suis rentrée progressivement dans le roman, en découvrant les principaux personnages et protagonistes. L’action se situe en Angleterre, à Londres et sur l’Ile anglo-normande de Guernesey, en 1946, après la seconde guerre mondiale.

Le personnage principal est Juliet ASHTON, une jeune écrivaine londonienne qui a écrit un livre à succès. Elle correspond par lettre avec ses proches et principalement avec Sydney CLARK, son éditeur et ami d’enfance. Elle cherche un sujet pour un nouveau livre. Un jour, un certain Dawsey ADAMS qui vit à Guernesey et a acheté un livre d’occasion de Charles LAMB (écrivain anglais contemporain et ami de COLERIDGE), ayant appartenu à Juliet, lui écrit pour obtenir des informations sur l’oeuvre et la vie de Charles LAMB. Elle apprend à cette occasion que Dawsey et ses voisins de Guernesey ont inventé un « Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » fictif, pour échapper à des sanctions de l’armée allemande d’occupation de l’île, pendant la guerre, parce qu’ils n’avaient pas respecté le couvre-feu. Et pour rendre vraisemblable leur invention, ils ont véritablement donné vie au cercle de lecture, se sont pris au jeu et ont découvert le plaisir de lire.

Juliet pour répondre à une commande du Times, choisit d’écrire un article sur ce cercle de lecture de Guernesey. Elle sollicite Dawsey pour que les membres du cercle acceptent de correspondre avec elle, pour partager leur expérience personnelle de la lecture et leurs choix de livres.

Le ton du roman, très humoristique et impertinent, au début, évolue et devient plus grave au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture. Car en fait, l’occupation allemande de l’Ile anglo-normande de Guernesey et ses effets sur la vie des habitants (les membres du cercle littéraire…) sont devenus le thème principal du roman. En même temps, les relations entre les protagonistes se dévoilent progressivement.

Finalement, cela donne un livre original sur ce thème très insolite de l’occupation allemande de Guernesey pendant la seconde guerre mondiale.

« Petit pays » un livre de Gaël FAYE

Je viens de lire « Petit Pays », un premier roman de Gaël Faye qui a reçu plusieurs récompenses dont le prix goncourt des lycéens 2016. Gaël Faye est un jeune auteur franco-rwandais, qui s’est d’abord fait connaître comme chanteur-auteur-compositeur. Il a passé son enfance au Burundi, pays limitrophe du Rwanda et également peuplé de Tutsis et Hutus.

Carte du BURUNDI

Le livre raconte l’enfance au Burundi d’un jeune garçon, Gaby, né d’un père français et d’une mère rwandaise Tutsi. Et comment sa vie a changé avec la guerre civile, née du conflit ethnique entre Tutsis et Hutus, qui s’est installée dans le pays, un peu avant le génocide rwandais.

Pourtant, Gaby, tout jeune garçon qu’il est, ne veut pas réduire les gens à leur origine et refuse le conflit ethnique et la violence. Pour essayer de s’en éloigner, il découvre les livres et le plaisir de la lecture, grâce à une voisine un peu âgée.

Voici un très joli extrait du livre sur le thème de la lecture – qui vous l’aurez compris n’est pas le thème principal du livre – mais que je trouve très réussi :

« Chaque fois que je lui rapportais un livre, Mme Economopoulos voulait savoir ce que j’en avais pensé. […] Et j’ai commencé à lui dire ce que je ressentais, les questions que je me posais, mon avis sur l’auteur ou les personnages. Ainsi, je continuais à savourer mon livre. Je prolongeais l’histoire. J’ai pris l’habitude de lui rendre visite tous les après-midi. Grâce à mes lectures […], je respirais à nouveau, le monde s’étendait plus loin, au-delà des clôtures qui nous recroquevillaient sur nous-mêmes et nos peurs. Je n’allais plus à la planque, je n’avais plus envie de voir les copains, de les écouter parler de la guerre, des villes mortes, des Hutu et des Tutsi. Avec Mme Economopoulos, nous nous asseyions dans son jardin sous un jacaranda mimosa. Sur sa table en fer forgé, elle servait du thé et des biscuits chauds. Nous discutions pendant des heures des livres qu’elle mettait entre mes mains. Je découvrais que je pouvais parler d’une infinité de choses tapies au fond de moi et que j’ignorais. Dans ce havre de verdure, j’apprenais à identifier mes goûts, mes envies, ma manière de voir et de ressentir l’univers. Mme Economopoulos me donnait confiance en moi, ne me jugeait jamais, avait le don de m’écouter et de me rassurer. Après avoir bien discuté, lorsque l’après-midi s’évanouissait dans la lumière du couchant, nous flânions dans son jardin comme de drôles d’amoureux. J’avais l’impression d’avancer sous la voûte d’une église, le chant des oiseaux était un chuchotis de prières. Nous nous arrêtions devant ses orchidées sauvages, nous faufilions parmi les haies d’hibiscus et les pousses de ficus. Ses parterres de fleurs étaient des festins somptueux pour les souimangas et les abeilles du quartier. Je ramassais les feuilles séchées pour en faire des marque-pages. Nous marchions lentement, presque au ralenti, en traînant nos pieds dans l’herbe grasse, comme pour ralentir le temps, pendant que l’impasse peu à peu, se couvrait de nuit. » Extrait de « Petit pays » de Gaël Faye (chapitre 23).

Un livre de Karen BLIXEN « Le dîner de Babette »

J’ai eu envie de lire ce livre de la romancière danoise, Karen BLIXEN, après avoir vu le très beau film du cinéaste Gabriel AXEL, également danois, « Le festin de Babette » (1987) adapté fidèlement du livre.

Le livre raconte l’histoire de Babette, contrainte de fuir la France après la Commune de Paris (1871), pour se réfugier dans un village du nord de la Norvège, où un pasteur a créé une congrégation religieuse, très rigoriste. Les deux filles du pasteur, désormais décédé, qui vivent modestement, ont accepté de la recueillir chez elles, sur la simple recommandation d’un célèbre baryton parisien, qui dans le passé a brièvement séjourné dans le village. Babette, en contrepartie, est devenue leur bonne et fait la cuisine.

Martine et Philippa, les filles du pasteur, ne se sont jamais mariées quoique ayant été dans leur jeunesse, quand le baryton parisien les a connues, extrêmement belles et « parées de cette fraîcheur presque surnaturelle des arbres fruitiers en fleurs ou des neiges éternelles ».

Un jour, Babette apprend qu’elle a gagné à la loterie française. Elle demande alors à Martine et Philippa la permission de préparer un dîner « à la française », pour fêter le centième anniversaire de la naissance du pasteur et de le payer elle-même, avec l’argent gagné à la loterie. Martine et Philippa, après hésitation (elles sont puritaines et charitables), acceptent car elles comprennent que c’est important pour Babette.

Le livre raconte la préparation et le déroulement du dîner et c’est un vrai festin. Il nous dit le caractère essentiel de la nourriture dans notre vie et du plaisir à partager un repas exquis, avec ces moments de bien-être et d’abandon où l’on oublie les blessures du quotidien, les rancœurs, pour laisser place à la légèreté…

Le livre nous parle également d’amour, comme beaucoup d’autres livres, mais aussi de la pureté des sentiments… et cela c’est plus rare.