LES VOIX DU PAMANO un roman de Jaume Cabré

10/18 Christian Bourgeois Editeur 2009

Les Voix du Pamano est un roman de langue catalane de Jaume Cabré, publié en 2004. Il a été traduit en français par Bernard Lesfargues.

Le récit se déroule en Catalogne à Torena, un village des Pyrénées à proximité de la frontière française, sur une période qui court de la guerre civile espagnole au début des années 2000. La neige, le froid, la montagne sont très présents dans le roman. Cela créée une atmosphère particulière et le lecteur ressent presque physiquement la vivacité du froid, le silence de la neige et la beauté sauvage des Pyrénées.

La guerre civile espagnole et la guérilla des maquisards catalans contre le gouvernement franquiste, pendant la seconde guerre mondiale, sont au centre du roman avec leur cortège d’horreurs, de drames et d’injustices. En inscrivant son récit dans cette période, l’auteur nous rappelle qu’il y a des moments dramatiques de l’histoire où il faut s’engager et choisir son camp. Malheur à ceux qui par faiblesse ou impuissance n’ont pas le courage de faire le bon choix moral. Le roman aborde des sujets graves comme la haine, la vengeance et son absurdité, la lâcheté et l’héroïsme.

Jaume Cabré nous raconte l’histoire de deux femmes. L’une, Elisenda est la puissante héritière d’une vieille famille catalane. Elle est enfermée dans le passé, la vengeance et le souvenir de son amour pour l’instituteur Oriol Fontelles, décédé en 1944. Connu comme un proche du maire phalangiste de Torena, Oriol Fontelles était un maquisard, secrètement. L’autre femme, Tina, institutrice à Torena bien des années après, s’est lancée dans une croisade pour réhabiliter Oriol. Elle a découvert dans l’ancienne école de Torena, un texte écrit par Oriol avant sa mort, à l’intention de sa fille lui expliquant qu’il n’était pas le phalangiste honteux qu’on lui a dit. Tina veut remettre le cahier d’Oriol à sa fille pour rétablir la vérité sur son père, ce héros.

Les volontés d’Elisenda et de Tina vont se heurter car elles poursuivent des buts opposés. Elisenda, du côté du pouvoir franquiste, a depuis très longtemps, un autre projet pour la mémoire d’Oriol.

Le roman est féministe car ces deux femmes sont audacieuses et libres dans leur tête. Mais, si Tina est très humaine et sincère, Elisenda est sans aucun scrupule et son intelligence et sa beauté, n’y changent rien. Son obsession de vengeance, son amour éternel pour Oriol, en font un personnage finalement un peu caricatural et assez improbable.

La construction chronologique du roman est un peu déroutante. Jaume Cabré fait sans arrêt des allers-retours entre les différentes périodes du récit ce qui demande au début un peu d’attention de la part du lecteur car l’auteur ne ménage aucune transition pour l’informer qu’il vient de changer d’époque.

Le Pamano est la rivière du village de Torena. L’auteur, avec mélancolie et poésie, révèle le sens du titre de son roman Les voix du Pamano (pages 353 et 354) :

- Maintenant, j'entends le Pamano, dit Oriol.
- Le Pamano, on ne peut l'entendre de Torena
- Eh bien, moi je l'entends. - Un silence : pas toi?
[...]
- C'est que les personnes âgées de Torena, les grands-parents, quand j'étais jeune, disaient que...
- Qu'est-ce qu'ils disaient ?
- Non, ils disaient que seuls l'entendent ceux qui vont mourir.
- Nous devons tous mourir, répondit Oriol, mal à l'aise.
- On l'appelle la rivière aux mille noms, dit Ventura pour déchirer l'écran qui s'était installé entre eux
- Pourquoi, mille noms?
- Il commence par prendre celui de la montagne qui l'alimente et on l'appelle le Pamano. Plus bas on l'appelle Bernui et passé Bernui, on l'appelle la rivière d'Altron, il change de voix et de goût. Les truites, ont la chair différente, pas aussi douce, pas aussi goûteuse que la chair de cellles qu'on pêche dans le Pamano.
Ventura tira profondément sur sa cigarette. Il était loin. Il regardait droit devant lui, dans la direction de la Torreta de l'Orri, mais il était en train de pêcher au bord du Pamamo.

6 commentaires sur “LES VOIX DU PAMANO un roman de Jaume Cabré

  1. Merci. Bien écrit ce commentaire image d’une période difficile. Mais la poésie semble être bien présente.

    Tu as eu le temps de lire malgré tes occupations de peinture et autres. Bravo. Bien amicalement. Marie -Louise

    Envoyé de mon iPhone

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