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AQUARIUM un roman de David Vann

Edition Gellmeister 2018

J’ai lu Aquarium, un roman de David Vann, traduit de l’américain par Laura Derajinski et publié en 2016. Je ne connaissais pas cet auteur américain dont j’ai appris que le roman Sukkwan Island avait été récompensé en France par le Prix Médicis étranger, en 2010. N’arrivant pas à faire publier ses romans, David Vann a longtemps gagné sa vie en naviguant, dans les Caraïbes et en Méditerranée. Il a également tenté, mais sans succès, un tour du monde en solitaire sur un trimaran qu’il avait conçu et construit lui-même. Le succès de Sukkwan Island lui a permis de se consacrer totalement à l’écriture.

Aquarium est un roman grave et douloureux sur le poids des liens familiaux. Mais il laisse une place à l’optimisme.

Après l’école, Caitlin, une petite fille de 12 ans, passe ses après-midi à l’aquarium de la ville de Seattle. Elle est fascinée par les poissons et n’ignore rien à leur sujet. Elle y rencontre chaque jour un monsieur âgé, également admirateur des poissons et ils échangent sur leur passion commune. 

Caitlin vit avec sa mère, Sherin. Elle n’a pas d’autre famille : ni sœur, ni frère, ni grand-parent, oncle, tante, cousin, cousine. Le fait de n’avoir que sa mère suscite parfois en elle une panique enfantine. « Elle n’avait qu’une personne au monde, sa mère ». Qu’adviendrait -il d’elle, si sa mère mourait dans un accident ? Sherin exerce un métier difficile et dangereux. Elle est manutentionnaire et charge des grues dans le froid de Seattle au nord-ouest des Etats-Unis, à la frontière du Canada.

Caitlin va apprendre que le vieil homme est son grand-père maternel. Elle est folle de joie en apprenant qu’elle a une famille. Elle veut vivre avec son grand-père. Mais Sherin, sa mère, a définitivement rayé son père de sa vie. Elle lui voue une haine totale, sans pardon possible. Son père, ce maintenant vieil homme, l’a abandonnée alors qu’elle avait 14 ans, avec sa mère gravement malade d’un cancer, les laissant seules, sans ressources. Sherin, n’ayant pas d’assurance médicale et sans aide,  Catitlin a dû renoncer à l’école pour s’occuper seule de sa mère malade, puis mourante. Elle n’a pas pu aller à l’université et exerce un métier pénible sans qualification. Son père lui a volé son avenir.

Caitlin, tellement heureuse d’avoir un grand-père va s’opposer à sa mère qui refuse violemment et définitivement tout contact avec son père. Désespérée, Sherin va essayer de faire comprendre à Caitlin, pourquoi toute réconciliation ou même tout contact avec son père sont exclus, impensables. Pour y parvenir, elle va agir d’une manière délirante, aux marges de la déraison, exprimant toute sa souffrance. Ce sera le combat entre la haine inextinguible de Sherin pour son père et le besoin irrépressible de Caitlin de la sécurité d’une famille. Est-il possible de renoncer à la haine et à sa violence ? Il y a-t-il de la place pour une sorte d’apaisement ?

Enfin, le roman s’appelle Aquarium. Caitlin et son grand-père ont noué les fils de leur complicité devant les bassins de l’aquarium en observant les poissons, partageant leur fascination pour la vie aquatique. Le lecteur découvre le monde aquatique, son extraordinaire diversité et sa fragilité ;  la beauté et l’étrangeté des hippocampes, des méduses, des mola mola, des rascasses ocellées : « Mon grand-père penché près de la vitre, scrutant les rascasses ocellées, parmi mes préférées. Elles ressemblaient à des papillons de nuit, leurs ailes d’un vert-jaune pâle, une tête qu’on aurait pu croire couverte de poils blanc, de fines antennes blanches pareilles à des pattes d’insecte. Et puis, un corps de poisson, comme si les deux espèces avaient été greffées, une transformation inexplicable dans la pénombre, deux mondes qui n’auraient jamais dû entrer en contact ».