PETIT PAYS un roman de Gaël Faye

Je viens de lire « Petit Pays », un premier roman de Gaël Faye qui a reçu plusieurs récompenses dont le prix goncourt des lycéens 2016. Gaël Faye est un jeune auteur franco-rwandais, qui s’est d’abord fait connaître comme chanteur-auteur-compositeur. Il a passé son enfance au Burundi, pays limitrophe du Rwanda et également peuplé de Tutsis et Hutus.

Carte du BURUNDI

Le livre raconte l’enfance au Burundi de Gaby, un jeune garçon, né d’un père français et d’une mère rwandaise Tutsi. Et comment sa vie a changé à cause de la guerre civile entre Tutsis et Hutus, qui s’est installée dans le pays, un peu avant le génocide rwandais.

Pourtant, Gaby, tout jeune garçon qu’il est, ne veut pas réduire les gens à leur origine et refuse le conflit ethnique et la violence. Pour essayer de s’en éloigner, il découvre les livres et le plaisir de la lecture, grâce à une amie voisine, un peu âgée.

Voici un très joli extrait du livre sur le thème de la lecture – qui vous l’aurez compris n’est pas le thème principal du livre – mais que je trouve très réussi :

« Chaque fois que je lui rapportais un livre, Mme Economopoulos voulait savoir ce que j’en avais pensé. […] Et j’ai commencé à lui dire ce que je ressentais, les questions que je me posais, mon avis sur l’auteur ou les personnages. Ainsi, je continuais à savourer mon livre. Je prolongeais l’histoire. J’ai pris l’habitude de lui rendre visite tous les après-midi. Grâce à mes lectures […], je respirais à nouveau, le monde s’étendait plus loin, au-delà des clôtures qui nous recroquevillaient sur nous-mêmes et nos peurs. Je n’allais plus à la planque, je n’avais plus envie de voir les copains, de les écouter parler de la guerre, des villes mortes, des Hutu et des Tutsi. Avec Mme Economopoulos, nous nous asseyions dans son jardin sous un jacaranda mimosa. Sur sa table en fer forgé, elle servait du thé et des biscuits chauds. Nous discutions pendant des heures des livres qu’elle mettait entre mes mains. Je découvrais que je pouvais parler d’une infinité de choses tapies au fond de moi et que j’ignorais. Dans ce havre de verdure, j’apprenais à identifier mes goûts, mes envies, ma manière de voir et de ressentir l’univers. Mme Economopoulos me donnait confiance en moi, ne me jugeait jamais, avait le don de m’écouter et de me rassurer. Après avoir bien discuté, lorsque l’après-midi s’évanouissait dans la lumière du couchant, nous flânions dans son jardin comme de drôles d’amoureux. J’avais l’impression d’avancer sous la voûte d’une église, le chant des oiseaux était un chuchotis de prières. Nous nous arrêtions devant ses orchidées sauvages, nous faufilions parmi les haies d’hibiscus et les pousses de ficus. Ses parterres de fleurs étaient des festins somptueux pour les souimangas et les abeilles du quartier. Je ramassais les feuilles séchées pour en faire des marque-pages. Nous marchions lentement, presque au ralenti, en traînant nos pieds dans l’herbe grasse, comme pour ralentir le temps, pendant que l’impasse peu à peu, se couvrait de nuit. » Extrait de « Petit pays » de Gaël Faye (chapitre 23).